Environ 16 % des PME ont été victimes d’un ou plusieurs incidents cyber au cours des douze derniers mois. Parmi les cyberattaques qui ciblent les entreprises françaises, le ransomware est sans doute l’un des modes opératoires les plus dévastateurs, capable de paralyser l’activité entière de votre PME pendant plusieurs semaines.
Dans cet article, vous découvrirez :
- ce qu’est un ransomware,
- comment il s’attaque à vos systèmes informatiques,
- les conséquences d’un ransomware pour votre PME,
- comment réagir efficacement si votre entreprise est touchée,
- les bonnes pratiques pour vous protéger de cette menace.
1. Qu’est-ce qu’un ransomware ?
1.1 Définition
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) définit un ransomware comme un programme malveillant dont le but pour les attaquants est d’obtenir de la victime le paiement d’une rançon. Le terme officiel français est « rançongiciel ».
Ce qui distingue un ransomware d’un autre logiciel malveillant n’est pas sa technique d’intrusion, mais sa finalité : l’extorsion. Une fois introduit dans votre système, il ne cherche pas seulement à espionner ou à perturber. Le ransomware cherche à mettre votre PME dans une situation la plus intenable possible où le paiement de la rançon semble être la seule issue.
1.2 Le mode opératoire
Une attaque par ransomware se déroule en plusieurs phases.
L’objectif des cybercriminels est d’installer un logiciel malveillant (malware) dans vos systèmes informatiques. Pour y parvenir, il doit trouver des points d’entrées. La technique la plus courante consiste à envoyer des emails frauduleux (phishing) aux collaborateurs, en usurpant l’identité d’un partenaire ou d’un fournisseur par exemple. Ces emails contiennent une pièce jointe infectée ou un lien malveillant qui contient le ransomware. Lorsqu’un collaborateur clique sur le lien ou télécharge la pièce jointe, le logiciel malveillant commence alors à s’installer sur le terminal de l’utilisateur.
Une autre technique réside dans l’exploitation de failles de sécurité présentes dans les logiciels ou les applications utilisées au sein de votre entreprise. Si vous n’effectuez pas la mise à jour à temps pour installer le correctif de sécurité qui comble cette faille, les attaquants peuvent s’y engouffrer pour déployer un ransomware.
Une fois installé, le logiciel malveillant entame une phase de reconnaissance et de déplacement latéral. Il explore votre réseau, identifie les systèmes critiques, les sauvegardes et les données les plus sensibles, parfois pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines sans être détecté.
Vient ensuite l’exfiltration des données, qui sont copiées par les attaquants vers leurs propres serveurs.
L’attaque se conclut par le chiffrement de vos fichiers, un processus qui les rend illisibles et inutilisables sans une clé de déchiffrement que seul l’attaquant détient. C’est le moment où les cybercriminels exigent une rançon : le paiement d’une somme importante en échange de la restitution de vos données. En cas de refus, ceux-ci menacent de les supprimer ou de les divulguer publiquement. Les attaquants instaurent un sentiment d’urgence en mettant en place un compte à rebours. Dans certains cas, ils contactent même directement vos clients ou partenaires pour accentuer la pression.
À noter que certains ransomwares ne misent que sur l’exfiltration des données, d’autres que sur le chiffrement.
1.3 Une menace croissante pour les PME
D’après le Panorama de la cybermenace 2025 de l’ANSSI, les TPE, PME et ETI représentent désormais 48 % des victimes de ransomware recensées en France, contre 37 % l’année précédente. Les grands groupes ayant renforcé leurs défenses, les attaquants se tournent vers des cibles moins armées.
Une PME, même de taille modeste, détient des données à forte valeur pour un attaquant :
- des données clients et prospects : coordonnées, historique d’achat, IBAN…
- des données comptables et de paie…
- de la propriété intellectuelle : plans techniques, recettes, code source…
- des identifiants d’accès aux outils métiers et aux comptes bancaires de l’entreprise.
Ces informations n’ont pas besoin d’appartenir à un grand groupe pour intéresser un cybercriminel.
2. Comment la menace des ransomwares évolue t-elle ?
2.1 Le RaaS, l’industrialisation du ransomware
Le modèle du Ransomware-as-a-Service (RaaS) a profondément transformé l’écosystème cybercriminel. Il fonctionne comme un système d’affiliation : des développeurs conçoivent le rançongiciel, l’infrastructure de paiement des rançons et parfois même un service de négociation, puis louent l’ensemble à des affiliés qui exécutent les attaques en échange d’une part des gains.
Par conséquent, il n’est plus nécessaire d’être un expert technique pour mener une attaque par ransomware. Ce modèle démultiplie le nombre d’attaquants potentiels, et donc le nombre de cibles visées, y compris les plus petites structures.
Selon l’ANSSI, les souches de ransomware les plus actives en France en 2025 étaient Qilin (21 % des cas identifiés), Akira (9 %) et LockBit 3.0 / Black (5 %), toutes fonctionnant sur ce modèle d’affiliation.
2.2 L’intelligence artificielle, accélérateur des attaques par ransomware
L’intelligence artificielle réduit le temps nécessaire à concevoir une attaque par ransomware. Elle permet aux attaquants de rédiger des messages des emails de phishing plus crédibles et mieux ciblés. Elle automatise une partie de la reconnaissance du réseau visé. Surtout, elle réduit considérablement le délai entre l’intrusion initiale et le chiffrement des données : certains groupes cybercriminels parviennent aujourd’hui à compromettre un système et à lancer le chiffrement en quelques heures.
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Demander mon analyse3. Quelles sont les conséquences d’un ransomware ?
Les ransomwares ont la capacité de verrouiller des terminaux pour les rendre inaccessibles et de chiffrer les données pour paralyser l’activité. Sur le plan opérationnel, la production ou les services peuvent donc être totalement à l’arrêt, parfois pendant plusieurs semaines. Votre entreprise est alors forcée de revenir à l’ère du papier et du crayon le temps que vos services soient rétablis.
Les pertes d’exploitation engendrées par un ransomware sont importantes. Une étude ANSSI-CLUSIF évalue le coût moyen d’une cyberattaque à 466 000 € pour une TPE ou une PME, un montant qui représente en moyenne entre 5 % et 10 % de son chiffre d’affaires.
Sur le plan juridique, si des données personnelles sont concernées, votre entreprise doit notifier la CNIL sous 72 heures, sous peine de sanction. Enfin, l’attaque peut affecter durablement la confiance des clients et des partenaires et fragiliser l’activité au-delà de la période de crise elle-même.
Par exemple, en juillet 2025, l’usine Wibaie (entreprise industrielle installée à Cholet) a été victime d’une attaque par ransomware. En une nuit, l’ensemble de ses systèmes informatiques se sont retrouvés totalement compromis, forçant l’arrêt complet de la production. Selon les déclarations de l’entreprise, une grande partie des salariés se sont retrouvés au chômage technique le temps que la situation soit maîtrisée.
4. Comment réagir en cas d’attaque ?
4.1 Les premiers réflexes
Dès la découverte d’une attaque, isolez les machines touchées en les débranchant du réseau (câble réseau retiré, Wi-Fi désactivé) sans les éteindre, afin de stopper la propagation tout en préservant les preuves nécessaires à l’enquête technique.
Ne restaurez pas immédiatement vos sauvegardes tant que l’origine de l’attaque n’a pas été identifiée, au risque de recontaminer votre système.
Activez une cellule de crise réunissant la direction et votre prestataire informatique, en associant un conseil juridique si nécessaire, et faites appel à un prestataire spécialisé en réponse à incident si vous ne disposez pas des compétences en interne.
En parallèle, signalez l’incident au dispositif 17Cyber. Contactez également votre assureur cyber si vous en avez un.
4.2 Faut-il payer la rançon ?
La position officielle des autorités françaises est claire : ne payez pas la rançon. Même si la tentation peut être grande, certains cybercriminels ne restituent pas systématiquement la clé de déchiffrement après le versement de la rançon.
D’autres vont encore plus loin : ils exigent une seconde rançon pour que vos données ne soient pas diffusées publiquement ou mises en vente sur le darknet.
Le fait de payer catalogue aussi votre entreprise dans la case « bon payeur », ce qui fait de vous une cible de choix pour les autres cybercriminels.
5. Comment se prémunir contre un ransomware ?
5.1 La formation des équipes, premier rempart
La formation des collaborateurs est le rempart le plus efficace contre un ransomware. En leur expliquant les pièges à éviter et les bons réflexes à développer, ceux-ci sont moins susceptibles de télécharger une pièce jointe infectée ou de cliquer sur un email malveillant. Joignez la théorie à la pratique en mettant en place des exercices sous forme de faux mails de phishing pour tester la vigilance de vos équipes.
5.2 Les fondamentaux techniques
Il est important de corriger vos failles afin que les attaquants ne puissent pas les exploiter pour déployer des ransomwares. Mais pour corriger vos failles… encore faut-il savoir qu’elles existent. Pour y parvenir, il suffit de lancer un diagnostic automatisé à partir de votre nom de domaine ou d’une adresse IP, à l’instar de celui proposé par Sekost. Celui-ci dresse une cartographie de vos actifs exposés sur Internet, de vos failles exploitables, et de recommandations techniques pour les corriger. Les mises à jour et correctifs de sécurité doivent ensuite être appliqués rapidement.
La mise en place d’une authentification multifacteur évite qu’un identifiant volé ou deviné par un cybercriminel ne lui suffise à s’introduire dans votre système pour y déployer un ransomware. Même en possession du couple identifiant / mot de passe, l’attaquant se heurtera à une seconde vérification qu’il ne pourra pas contourner.
Une passerelle de messagerie sécurisée bloque les pièces jointes infectées avant qu’elles n’atteignent la boîte de réception, tandis qu’un filtrage web ou DNS empêche l’accès aux sites malveillants susceptibles de déclencher un téléchargement de ransomware.
Vous pouvez aussi installer un antivirus professionnel nouvelle génération capable d’intercepter et de bloquer un fichier ou une pièce jointe malveillante avant qu’elle ne puisse s’exécuter sur le poste.
En dernier recours, la réalisation de sauvegardes régulières et déconnectées du réseau restent le moyen le plus efficace de limiter les effets d’un ransomware. Une sauvegarde stockée hors ligne ou déconnectée après chaque copie échappe au chiffrement même si le reste de votre système informatique est compromis. Elle peut donc vous permettre de reprendre votre activité plus rapidement.
Conclusion
Le ransomware est une cyberattaque dévastatrice qui touche toujours plus de PME chaque année. Ses conséquences sont à la fois opérationnelles, financières, juridiques et réputationnelles. L’adoption de quelques mesures simples peut sensiblement réduire le risque d’être ciblé par un ransomware, et changer l’issue d’une attaque en votre faveur. Commencez par former vos collaborateurs et dresser un état des lieux de vos actifs et de vos failles pour engager votre démarche de sécurisation.