L’industrie manufacturière a concentré 27,7 % des cyberattaques mondiales en 2025, d’après un rapport publié par IBM. Souvent moins protégées que les grands groupes, les PME industrielles sont en première ligne.
Et pour cause : la surface d’attaque des entreprises industrielles ne cesse de s’élargir. L’adoption de machines connectées ou encore le vieillissement des systèmes legacy décuplent les cyber risques. Or, les PME industrielles disposent souvent de moyens limités pour assurer leur cybersécurité.

Dans cet article, vous découvrirez :
- l’état de la menace qui pèse sur le secteur de l’industrie,
- pourquoi les attaquants ciblent les PME industrielles,
- quels sont les modes opératoires employés par les cybercriminels,
- les mesures à mettre en place pour vous en protéger.
1. Les PME industrielles dans le viseur des cybercriminels
1.1 L’industrie manufacturière, secteur le plus visé au monde
Pour la cinquième année consécutive, l’industrie manufacturière est le secteur le plus visé au monde devant les services financiers et la santé, selon l’IBM X-Force Threat Intelligence Index 2026. Au premier trimestre 2026, il concentrait encore près de 20 % de l’ensemble des cyberattaques mondiales avec 419 incidents recensés.
Cette exposition s’explique par une réalité économique simple : une interruption de production peut coûter des millions d’euros chaque jour. Les attaquants le savent et transforment ces interruptions en levier d’extorsion. En parallèle, les identifiants d’accès à des systèmes industriels se négocient entre 4 000 et 70 000 dollars sur les marchés clandestins selon le rapport KELA 2025. Cela illustre la valeur que les cybercriminels accordent à votre entreprise.
1.2 Pourquoi les attaquants ciblent-ils les PME industrielles ?
L’industrie manufacturière est en pleine transformation numérique. Les nouvelles machines sont désormais “digital-ready”. Les lignes de production s’appuient sur une multitude d’objets connectés pour gagner en performance. Les usines génèrent des volumes de données toujours plus importants. L’activité industrielle est pilotée depuis plusieurs systèmes complémentaires comme l’ERP, le MES (Manufacturing Execution System) ou le PLM (Product Lifecycle Management). Votre surface d’attaque n’a donc jamais été aussi étendue.
D’autre part, le secteur industriel s’appuie souvent sur des systèmes legacy vieillissants. Le renouvellement de ces systèmes engendre des coûts très importants, et de nombreuses entreprises n’ont pas le choix que de continuer à les utiliser bien qu’ils ne soient plus maintenus par leurs éditeurs. Les cybercriminels en sont bien conscients et exploitent cette opportunité pour attaquer les entreprises industrielles.
Les motivations des cybercriminels sont principalement financières. Ils peuvent par exemple infiltrer votre système d’information pour arrêter votre production et exiger une rançon pour sa remise en fonctionnement, ou encore voler vos données pour les revendre sur le marché noir.
Certaines attaques comportent une dimension géopolitique. Dans son panorama 2025 de la cybermenace, l’ANSSI documente des modes opératoires liés à la Russie et à la Chine ciblant des intérêts industriels et technologiques français, à des fins d’espionnage économique, de renseignement stratégique ou de déstabilisation. Si votre PME travaille dans une filière sensible ou détient de la propriété intellectuelle à forte valeur, vous êtes une cible potentielle.
2. Quels sont les modes opératoires qui ciblent les entreprises industrielles ?
2.1 L’exploitation de vulnérabilités
Dans le secteur manufacturier, l’exploitation de vulnérabilités est le premier mode opératoire et représente 32 % des cyberattaques, d’après le Manufacturing Threat Landscape 2025. Une donnée qui illustre tristement l’obsolescence des systèmes legacy.
Ce mode opératoire est en très forte hausse. Les attaques par exploitation de failles sur les systèmes industriels ont progressé de +167 % entre le premier trimestre 2024 et le premier trimestre 2025 .
Les attaquants ciblent en priorité les services exposés sur Internet : interfaces d’administration, accès de maintenance à distance, etc. Ces points d’entrée sont détectables en quelques minutes par des scanners automatisés. Une faille non corrigée sur un accès distant suffit à compromettre l’ensemble du système d’information.
Les groupes cybercriminels Akira et Qilin, très actifs dans le secteur de l’industrie en 2025, exploitent systématiquement ce type de vulnérabilités, souvent plusieurs semaines après la publication des correctifs disponibles.
2.2 Le phishing
Le phishing représente 23 % des incidents dans le secteur manufacturier. Technicien de maintenance, responsable achats, opérateur… n’importe quel collaborateur peut recevoir un email frauduleux usurpant l’identité d’un fournisseur, d’un partenaire ou d’un client. L’objectif des attaquants est souvent de dérober des identifiants valides afin de pouvoir infiltrer votre SI en toute discrétion en se faisant passer pour un utilisateur légitime. Les emails de phishing peuvent également comporter des liens ou des pièces jointes infectées qui téléchargent un logiciel malveillant.
Les cybercriminels s’appuient aujourd’hui sur l’intelligence artificielle pour générer en masse des emails de phishing personnalisés, imitant le style de l’interlocuteur usurpé. La sophistication croissante de ces messages rend leur détection de plus en plus difficile, y compris pour des collaborateurs sensibilisés.
2.3 Le rançongiciel
Le rançongiciel (ou ransomware) est un logiciel malveillant, qui peut être déployé à votre insu via une vulnérabilité ou un email de phishing. Celui-ci chiffre l’ensemble de vos données, ce qui les rend inaccessibles et paralyse totalement vos opérations. Un rançongiciel a ainsi la capacité de mettre à l’arrêt vos lignes de production à l’échelle du parc industriel pendant plusieurs semaines.
Les attaquants exigent alors le paiement d’une rançon en échange de la restitution des données. Face à l’urgence opérationnelle, 62 % des entreprises manufacturières victimes de rançongiciel ont payé cette rançon en 2025. Souvent, les cybercriminels demandent une seconde rançon en menaçant de diffuser publiquement vos données.
Le secteur manufacturier concentre 26 % de l’ensemble des incidents ransomware mondiaux selon IBM, avec 890 incidents documentés en 2025, soit une hausse de +61 % par rapport à 2024.
2.4 Les attaques par la chaîne d’approvisionnement
Les attaques par la chaîne d’approvisionnement ont pratiquement doublé en 2025, passant de 154 à 297 incidents documentés dans le secteur industriel, d’après le Manufacturing Threat Landscape 2025. Pour les attaquants, la logique est simple : plutôt que d’attaquer une entreprise bien protégée, il est plus facile de cibler son sous-traitant, son intégrateur ou son prestataire de maintenance pour rebondir vers votre entreprise.
Pour votre PME industrielle, ce risque est double. Vous pouvez être compromis via l’un de vos fournisseurs. Vous pouvez aussi être utilisé comme point d’entrée vers votre donneur d’ordres.
L’attaque subie par Jaguar Land Rover en août 2025 en est l’illustration. Une intrusion initiée par ingénierie sociale a paralysé l’ensemble des lignes de production du constructeur pendant cinq semaines, touchant simultanément ses usines britanniques et ses quelque 5 000 entreprises sous-traitantes. Le Cyber Monitoring Centre britannique a estimé le préjudice total à 1,9 milliard de livres sterling, faisant de cet incident le sinistre cyber le plus coûteux de l’histoire du Royaume-Uni.
En France, plusieurs sous-traitants de la Base Industrielle et Technologique de Défense ont été compromis selon ce même schéma au premier semestre 2025.
3. Les conséquences d’une cyberattaque pour votre PME industrielle
3.1 L’arrêt de la production
81 % des organisations victimes d’une cyberattaque significative ont subi un impact sur leur activité, selon le baromètre CESIN 2026. Il faut en moyenne 24 jours à une entreprise pour retrouver un fonctionnement normal après une attaque par rançongiciel. Pendant ce temps, vos lignes de production sont à l’arrêt : les nouvelles commandes sont bloquées, les délais ne sont pas respectés, et vos opérateurs sont au chômage technique.
3.2 Un préjudice financier important
Le manque à gagner lié à l’arrêt de production est considérable. Le non-respect des délais de production peut entraîner des pénalités contractuelles. Vous devez déployer des moyens techniques considérables pour rétablir votre activité, ce qui engage également des dépenses importantes.
Ce n’est pas tout : les régulateurs peuvent vous infliger une amende en cas de manquement. Vous pouvez aussi subir une hausse des primes d’assurance. Au total, le coût total moyen d’un rançongiciel s’élève à 5,08 millions de dollars, dont la majeure partie reste imputable aux pertes d’exploitation.
3.3 Le vol ou la perte de données sensibles
Pour votre PME industrielle, une cyberattaque peut aboutir à la suppression, au vol ou à la divulgation de brevets, de procédés de fabrication, de formules ou de données R&D. Vos données stratégiques peuvent être vendues sur le marché noir, et votre propriété intellectuelle se retrouver dans la nature.
3.4 Une atteinte à la réputation
Une cyberattaque rendue publique peut durablement entamer la confiance de vos clients, fournisseurs et partenaires financiers. Dans l’industrie, les relations commerciales s’inscrivent dans la durée et reposent sur la fiabilité. Un client qui doute de votre capacité à protéger ses données ou à honorer ses commandes peut choisir de se tourner vers un concurrent, sans que vous puissiez le retenir.
4. 10 bonnes pratiques pour protéger votre PME industrielle
- Segmentez vos réseaux IT et OT : le fait de séparer le réseau de production du réseau informatique est un prérequis indispensable. Si un logiciel malveillant de type ransomware venait à infecter le réseau bureautique, le réseau OT serait épargné et vos lignes pourraient alors continuer à produire.
- Cartographiez tous vos actifs exposés sur Internet : puisque les attaquants scannent continuellement le web pour trouver des failles à exploiter, vous devez impérativement identifier toutes vos ressources exposées avant que les cybercriminels ne le fassent à votre place. Réalisez un audit de cybersécurité pour cartographier vos vulnérabilités en vous appuyant sur un outil de diagnostic à distance comme Sekost.
- Appliquez une politique de correctifs adaptée à vos contraintes : dès que vous prenez connaissance d’une faille, il faut la combler au plus vite. Appliquez systématiquement les correctifs de sécurité disponibles. Attention toutefois : patcher un équipement industriel implique souvent de l’arrêter. Il faut donc planifier les mises à jour lors des fenêtres de maintenance, prioriser les correctifs critiques et tenir un inventaire à jour des versions logicielles de chaque équipement.
- Sécurisez tous les accès distants : chaque connexion de technicien ou de prestataire doit être protégée par une authentification multifacteur (MFA) afin de vérifier l’identité de l’utilisateur. Elles doivent également être traçables et limitées dans le temps, par exemple via une déconnexion automatique de la session au bout d’un temps donné.
- Formez aussi les opérateurs et techniciens : la sensibilisation à la cybersécurité ne doit pas s’arrêter aux équipes administratives. La sensibilisation au phishing concerne aussi les personnes qui travaillent sur des terminaux industriels, utilisent des clés USB pour transférer des programmes d’automates ou gèrent des interfaces de supervision.
- Assurez un contrôle strict des accès : chaque utilisateur, qu’il soit interne ou externe à votre entreprise, ne doit avoir accès qu’aux ressources dont il a besoin dans la réalisation de sa mission. Les accès des utilisateurs externes doivent être systématiquement révoqués en fin de mission, ainsi que ceux des collaborateurs qui quittent l’entreprise.
- Sécurisez la messagerie professionnelle : pour limiter le risque de phishing vous pouvez adopter des solutions de filtrage des emails entrants, de détection des usurpations de domaine et d’authentification des expéditeurs, ou encore de blocage automatique des pièces-jointes suspectes.
- Élaborez un PCA et un PRA : le plan de continuité d’activité (PCA) et le plan de reprise d’activité (PRA) sont deux documents qui indiquent la marche à suivre en cas d’incident cyber afin de protéger et de rétablir vos opérations. Ces plans doivent être testés et mis à jour régulièrement.
- Contrôlez systématiquement les supports amovibles : dans un environnement industriel, les clés USB servent quotidiennement à transférer des programmes vers des automates ou à mettre à jour des firmwares. Aucun support personnel ne doit être branché sur un poste de production, et tout support amovible doit être préalablement analysé sur une station blanche. Ce poste dédié, isolé du réseau, détecte et neutralise les logiciels malveillants potentiellement présents sur le support avant qu’il ne soit connecté à vos équipements industriels.
- Contractualisez vos exigences cyber auprès de vos intégrateurs OT, prestataires IT et fournisseurs d’équipements. Exigez des clauses de sécurité dans vos contrats, définissez leur périmètre de responsabilité, et intégrez par défaut la cybersécurité dans vos critères de sélection des fournisseurs.
Conclusion
La cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux grands groupes industriels. Les attaquants ne font pas de distinction : ils cherchent des failles, et ils les trouvent quelle que soit la taille de l’entreprise. Face à des modes opératoires de plus en plus sophistiqués et à des conséquences potentiellement fatales pour votre activité, vous ne devez pas attendre qu’une attaque survienne pour réagir.
La bonne nouvelle, c’est que la cybersécurité n’exige pas des moyens considérables. Elle demande avant tout de la méthode. La première étape, souvent négligée, consiste simplement à diagnostiquer votre environnement existant. Vous pouvez alors prendre des décisions éclairées et prioriser les efforts à mener en matière de cybersécurité.