Lorsqu’un rançongiciel se propage sur un poste de travail, chaque minute compte. Pourtant, dans de nombreuses entreprises, la menace n’est détectée que lorsqu’il est trop tard : fichiers chiffrés, activité arrêtée, facture salée. Ce type de scénario ne résulte pas d’un défaut de pare-feu ou d’antivirus, mais d’un manque de visibilité sur ce qui se passe réellement sur les équipements du quotidien.

Et c’est précisément là qu’intervient l’EDR, pour Endpoint Detection and Response. Une solution EDR ne se contente pas de bloquer les menaces connues. Elle analyse le comportement des postes en temps réel, détecte les signaux faibles d’une attaque en cours, et réagit automatiquement pour l’empêcher de se propager. C’est un changement de posture : de la protection passive à la défense active.
Dans cet article, vous allez comprendre comment fonctionne une solution EDR, quelles données elle exploite, comment la choisir intelligemment et éviter les erreurs fréquentes.
Objectif : vous permettre de mieux protéger vos postes de travail, avec des outils adaptés à votre contexte, même sans expert en cybersécurité dans vos équipes.
1. Qu’est-ce qu’une solution EDR, concrètement ?
1.1 Définition et fonctionnement
Une solution EDR, pour Endpoint Detection and Response, se traduit en français par détection et réponse sur les terminaux. Un EDR désigne un ensemble de capacités permettant de surveiller, détecter, enregistrer et réagir aux activités malveillantes ou anormales qui se produisent sur les équipements d’extrémité d’un réseau (postes de travail, serveurs, ordinateurs portables, etc.). C’est un outil permettant de collecter en continu des données sur les terminaux, de corréler les événements et de réagir rapidement en cas de comportement suspect.
Concrètement, un EDR agit comme une surveillance embarquée sur chaque terminal, capable d’alerter ou d’intervenir dès qu’un comportement anormal est détecté. Il ne se limite pas à bloquer un fichier : il analyse le contexte, reconnaît les signaux faibles et peut initier une réponse automatisée pour neutraliser la menace.
Un EDR remplit trois fonctions clés :
- Détection des comportements suspects ou malveillants.
- Investigation grâce à l’enregistrement chronologique des événements.
- Réponse automatique ou semi-automatique à l’incident.
C’est un outil de veille active sur chaque terminal, qui comble un angle mort souvent exploité par les attaquants.
1.2 En quoi une solution EDR se distingue d’un antivirus ?
Les antivirus traditionnels fonctionnent selon une logique simple : ils comparent les fichiers avec une base de signatures de malwares connus. Lorsqu’un fichier correspond à une menace déjà identifiée, il est bloqué. Cette approche reste utile, mais elle montre ses limites face aux attaques plus sophistiquées ou inédites, comme les ransomwares de nouvelle génération ou les attaques sans fichier (fileless).
Voici une synthèse claire des différences :
Fonction | Antivirus classique | EDR |
Méthode de détection | Signatures, heuristiques simples | Analyse comportementale, apprentissage automatique |
Couverture | Menaces connues | Menaces connues et inconnues |
Réaction | Blocage du fichier | Blocage, isolation, alerte, journalisation |
Portée | Individuelle, poste par poste | Corrélation sur l’ensemble des terminaux |
Analyse post-attaque | Très limitée | Complète, avec traçabilité des actions |
Autrement dit, l’EDR est conçu pour aller au-delà de la prévention : il permet d’identifier les attaques en cours et d’y répondre avant qu’elles ne causent des dégâts irréversibles.
1.3 Exemples concrets de cas d’usage
Prenons des situations que votre entreprise pourrait rencontrer :
- Un employé ouvre une pièce jointe malveillante dans un mail. Le programme tente de chiffrer les fichiers du poste. Un antivirus peut ne rien détecter si le fichier est inédit. L’EDR, en revanche, remarque qu’un processus tente d’encrypter massivement des données. Il bloque immédiatement le processus et isole le poste du réseau pour éviter toute propagation.
- Une connexion distante suspecte est détectée un dimanche soir sur un poste du service comptabilité. L’EDR enregistre cette activité, la compare à un modèle de comportement normal, et déclenche une alerte. L’administrateur peut enquêter, ou l’EDR réagit de manière autonome.
- Suite à une suspicion d’intrusion, l’entreprise souhaite comprendre ce qui s’est passé. Grâce à l’EDR, il est possible de rejouer l’historique des événements : quand le fichier a été ouvert, quel processus a été lancé, vers quelles IP des connexions ont eu lieu, etc.

Ces cas montrent que l’EDR n’est pas un luxe technique, mais un outil opérationnel pour éviter des incidents lourds, coûteux et difficiles à gérer.
2. À quoi servent les données collectées par un EDR ?
Une solution EDR repose sur un principe simple : ce qui n’est pas observé ne peut pas être protégé. Pour détecter des comportements malveillants ou anormaux, l’EDR collecte en permanence des informations sur l’activité des terminaux. Ces données sont ensuite analysées pour identifier rapidement des signaux faibles ou des schémas d’attaque.
2.1 Quels types de données sont surveillés
L’EDR agit comme une boîte noire sur chaque poste. Il enregistre en continu des événements précis, comme par exemple les processus exécutés, les tentatives d’authentification, les modifications de fichiers système ou sensibles, etc.
Ces données sont horodatées, contextualisées (poste concerné, utilisateur, type d’action) et transmises en temps réel à un moteur d’analyse local ou centralisé. Cela permet une visibilité fine et continue sur le comportement des postes.
2.2 Comment ces données sont utilisées
La puissance d’un EDR ne réside pas seulement dans la collecte, mais dans sa capacité à interpréter les signaux faibles.
- Grâce au machine learning (apprentissage automatique), l’EDR apprend à distinguer ce qui est normal de ce qui ne l’est pas. Par exemple, il peut détecter qu’un utilisateur habituellement sédentaire effectue soudain des connexions à des heures inhabituelles ou depuis une autre géographie.
- Les données collectées sont corrélées entre terminaux. Cela permet d’identifier une attaque coordonnée, comme un malware qui se propage latéralement d’un poste à un autre.
- En cas de comportement suspect, l’EDR prend des décisions automatiques selon des règles prédéfinies :
- Bloquer un processus en cours d’exécution
- Isoler un terminal du réseau
- Générer une alerte pour investigation
- Conserver les traces pour analyse forensique
Ce traitement en temps réel est un facteur clé de limitation des dégâts en cas d’incident.
2.3 Ce que l’EDR ne collecte pas (et c’est une bonne chose)
Une question fréquente des dirigeants ou des collaborateurs : est-ce que l’EDR espionne ce que je fais ? La réponse est non. Un EDR ne vise pas à surveiller les contenus personnels ou les données sensibles à d’autres fins que la sécurité.
- Il n’enregistre pas le contenu des emails, des fichiers ou des messages instantanés.
- Il ne lit pas les documents stockés ou partagés, mais se limite à observer les actions effectuées (ouverture, modification, déplacement).
- Il fonctionne dans un cadre réglementaire strict, normalement conforme au RGPD, avec un usage limité à la détection d’incidents de sécurité.
Bonnes pratiques en PME :
- Informer les collaborateurs de la présence d’un EDR
- Documenter les objectifs (sécurité, non surveillance)
- Limiter la conservation des données collectées au strict nécessaire
- Préférer une solution hébergée en Europe, ou compatible RGPD
En résumé, l’EDR est un outil de sécurité, pas de contrôle. Il permet de surveiller les signaux techniques utiles à la détection d’attaques, tout en respectant la vie privée et le cadre légal.
3. Comment choisir une solution EDR adaptée à votre entreprise ?
L’offre de solutions EDR s’est fortement développée ces dernières années. Pour une entreprise, le défi n’est pas tant de trouver un outil, mais de choisir celui qui correspond réellement à ses besoins, à son niveau de maturité et à ses ressources. Un EDR mal adapté, trop complexe ou mal configuré peut vite devenir inefficace, voire contre-productif.
3.1 Les critères essentiels à évaluer
Avant de s’équiper, il est utile de cadrer quelques critères simples mais structurants :
- Facilité de déploiement : la solution doit pouvoir être installée rapidement sur l’ensemble des postes à protéger, sans immobiliser les équipes. Certaines offrent un déploiement en un clic depuis un portail centralisé, d’autres nécessitent un accompagnement technique.
- Simplicité d’usage au quotidien : un bon EDR offre un tableau de bord clair, avec des alertes compréhensibles. Évitez les interfaces trop techniques si vous n’avez pas d’expert en interne.
- Réaction automatique ou semi-automatique : il est important de pouvoir configurer des réponses automatiques aux menaces les plus urgentes (blocage, isolation), tout en conservant une main humaine sur les décisions critiques. Cela limite les dégâts en cas d’indisponibilité.
- Support et mises à jour : les cybermenaces évoluent chaque jour. Assurez-vous que l’éditeur (ou votre prestataire) propose des mises à jour fréquentes, un support réactif et si possible une veille intégrée sur les nouvelles menaces (Threat Intelligence).
- Adaptabilité à votre environnement : nombre de postes à protéger, équipements hybrides (télétravail, BYOD), contraintes réglementaires (RGPD, NIS2)…
Un prestataire peut vous aider à faire ce tri, mais même sans expert, ces critères permettent déjà de filtrer les solutions vraiment adaptées aux PME.
Pour choisir vos outils, un bon réflexe consiste à consulter les solutions certifiées par l’ANSSI.Ces certifications garantissent un niveau d’exigence reconnu en matière de sécurité.
3.2 Ce que doit savoir un dirigeant avant de s’équiper

Un EDR est un outil puissant, mais il ne fait pas tout. Il doit s’inscrire dans une stratégie plus globale de sécurité :
- Activez l’authentification à deux facteurs (MFA) sur les accès sensibles.
- Faites des sauvegardes régulières, hors ligne si possible, pour pouvoir restaurer vos données en cas d’attaque.
- Formez vos équipes, car l’humain reste le premier vecteur de compromission (phishing, négligence…).
- Réalisez des audits réguliers, même simplifiés, pour vérifier que vos mesures de protection fonctionnent comme prévu. Des outils comme Sekost permettent par exemple de tester à distance la surface exposée de votre entreprise à partir d’un simple nom de domaine.
Enfin, n’oubliez pas qu’une alerte non traitée ne sert à rien. Même avec un bon EDR, il faut définir un plan d’intervention clair : qui est prévenu ? Que faire en cas d’alerte critique ? Qui prend la décision d’isoler un poste ?
Répondre à ces questions à l’avance, c’est gagner en réactivité et en sérénité le jour où une menace se présente.
4. Quels pièges éviter dans le déploiement d’un EDR ?
Mettre en place une solution EDR est une étape importante pour renforcer votre cybersécurité. Mais comme pour tout outil puissant, une mauvaise implémentation peut en réduire fortement l’efficacité, voire créer un faux sentiment de sécurité. Plusieurs pièges sont courants, en particulier dans les PME où le temps et les compétences techniques sont limités.
4.1 Erreurs fréquentes observées en PME
Installer sans surveiller
Beaucoup d’entreprises installent un EDR… puis oublient qu’il est là. Les alertes s’accumulent sans être lues, ou sont désactivées par souci de confort. Résultat : l’outil détecte une activité suspecte, mais personne ne réagit. Un EDR sans supervision est un investissement inutile.
Mauvaise configuration
Un EDR mal paramétré peut générer deux types de problèmes :
- Des faux positifs (alertes sur des actions normales), qui fatiguent les équipes et conduisent à ignorer les vraies menaces.
- Des trous de détection si certains processus ou comportements ne sont pas surveillés, faute de règles bien définies.
Choisir un outil inadapté
Certaines PME optent pour une solution trop complexe, pensée pour de grandes entreprises, nécessitant un centre de supervision (SOC) ou des compétences internes qu’elles n’ont pas. D’autres choisissent un outil peu intégré à leur système existant, ce qui complique son exploitation.
4.2 Ce qui fonctionne dans les faits
Cibler d’abord les postes critiques
Plutôt que de tout déployer d’un coup, il est préférable de commencer par les terminaux les plus exposés (comptabilité, direction, administration réseau), de valider la configuration et de l’ajuster au besoin avant d’étendre.
Superviser simplement mais régulièrement
Si vous n’avez pas de SOC ou d’analyste sécurité, vous pouvez :
- Confier le suivi des alertes à votre prestataire IT
- Centraliser les notifications dans une adresse email ou un tableau de bord consulté chaque semaine
- Utiliser des seuils pour ne recevoir que les alertes critiques
Structurer un retour d’expérience continu
Enfin, les entreprises qui tirent vraiment profit d’un EDR sont celles qui :
- Relisent les rapports mensuels
- Simulent des incidents ponctuels pour tester leur réactivité
- Affinent les règles de détection au fil du temps
Cette approche pragmatique permet de transformer l’EDR en outil vivant, évolutif, et réellement utile au quotidien. Même sans équipe dédiée, un suivi minimal et bien organisé permet d’éviter les pièges classiques.
5. L’EDR dans une stratégie cyber globale : un maillon essentiel
Mettre en place une solution EDR ne signifie pas que votre entreprise est sécurisée. En réalité, l’EDR est une brique parmi d’autres dans une stratégie de défense efficace. Il agit au niveau des terminaux, mais ne peut se substituer aux autres couches de protection nécessaires.
5.1 Complémentarité avec d’autres outils
Un EDR fonctionne d’autant mieux qu’il est intégré dans une stratégie cohérente, combinant plusieurs mesures complémentaires :
- Authentification multifacteur (MFA) : pour sécuriser les accès, en particulier à distance. Si un mot de passe est compromis, le second facteur empêche l’intrusion.
- Sauvegardes régulières et vérifiées : même avec un EDR efficace, un ransomware peut passer. Disposer d’une sauvegarde non chiffrée est la meilleure assurance pour reprendre rapidement l’activité.
- Pare-feu et filtrage réseau : pour limiter les mouvements latéraux des attaquants ou bloquer les connexions sortantes vers des serveurs malveillants.
- Analyse de vulnérabilités : pour identifier et corriger les failles techniques avant qu’elles ne soient exploitées.
L’EDR intervient comme capteur actif et réactif, chargé d’identifier ce qui échappe aux autres outils et de réagir avant qu’un incident ne devienne critique.
5.2 Surveillance continue : pourquoi c’est un tournant
Les cyberattaques modernes ne suivent pas un calendrier prévisible. Elles peuvent survenir la nuit, pendant un week-end, ou en pleine réunion. Une signature dans un antivirus ne suffit plus : ce sont les comportements anormaux qu’il faut capter, au moment où ils surviennent.
C’est là que l’EDR prend tout son sens. En assurant une surveillance permanente des terminaux, il permet de :
- Détecter les signes d’un accès malveillant dès les premières secondes
- Réagir automatiquement sans attendre l’intervention humaine
- Réduire l’ampleur d’un incident par des actions ciblées (blocage, isolation)
Ce passage à une logique de détection-réaction en temps réel est aujourd’hui indispensable pour toute entreprise connectée à Internet, quelle que soit sa taille.
5.3 Illustration concrète : détection d’un accès anormal sur un poste de comptabilité
Imaginons une situation réaliste dans une PME. Un dimanche soir, un accès distant est enregistré sur le poste d’une collaboratrice du service comptabilité. Le terminal tente de lancer des commandes inhabituelles, pourtant valides sur le plan technique. Grâce à l’EDR installé, les événements suivants se déclenchent :
- L’activité est détectée comme anormale (horaire inhabituel, commande rare pour ce profil).
- L’EDR enregistre l’ensemble des actions, génère une alerte, et isole le poste du réseau.
- Le lundi matin, l’administrateur dispose d’un rapport détaillé des événements, sans que l’attaque n’ait eu le temps de se propager.
Sans EDR, cette intrusion aurait pu passer inaperçue, compromettre d’autres machines et chiffrer des données sensibles. Grâce à lui, l’impact est évité, la réaction est rapide, et l’analyse post-incident est facilitée.
Cet exemple montre à quel point l’EDR renforce la résilience opérationnelle, même en l’absence d’une équipe dédiée à temps plein.
Conclusion
Les cybermenaces évoluent vite, mais elles suivent toutes la même logique : pénétrer un système par ses failles les plus exposées. Et ces failles, ce sont bien souvent les terminaux de votre entreprise. Un simple poste de travail mal protégé peut suffire à paralyser votre activité. Dans ce contexte, l’EDR n’est plus un luxe réservé aux grandes organisations, mais une nécessité pour toute entreprise connectée à Internet.
Comprendre ce que fait un EDR (surveiller, détecter, réagir) permet de franchir un cap essentiel en matière de sécurité. Vous n’avez pas besoin d’être un expert technique pour en tirer parti. Il existe aujourd’hui des solutions accessibles, avec des interfaces claires, des déploiements rapides, et un accompagnement adapté à la réalité des PME.
La clé est de choisir un outil à votre mesure, ni surdimensionné ni sous-utilisé, et de l’intégrer dans une démarche globale : mots de passe robustes, MFA, sauvegardes, sensibilisation. Mieux vaut un EDR simple et bien intégré qu’une solution sophistiquée mal exploitée.
Investir dans un EDR, c’est gagner en visibilité, en réactivité et en sérénité. C’est aussi montrer à vos clients, partenaires et fournisseurs que votre entreprise prend la cybersécurité au sérieux, un signal de confiance de plus en plus déterminant dans un environnement numérique sous pression.